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"Très honoré Monsieur…"

Cette copie carbone dactylographiée constitue l’empreinte de la lettre d’Ernest Solvay aux invités du premier Conseil de physique Solvay, organisé en 1911, sous l’impulsion de Walther Nernst, directeur de l’Institut de chimie physique de l’université de Berlin. Cet homme ambitieux, dont les propres recherches en thermodynamiques avaient évolué dans le sens des découvertes d’Einstein, brigue alors un prix Nobel. Il rencontre Einstein à Zurich en 1910, et comprend que la théorie des quantas est un moyen possible de valider ses propres hypothèses. Il propose donc à Ernest Solvay, grand industriel et philanthrope belge, via l’influence de Robert Goldschmidt, de convoquer un « concile scientifique » qui permettrait de se prononcer sur cette crise profonde que traversait la physique.

Dans cette lettre dactylographiée envoyée aux participants, Ernest Solvay évoque à la fois le contexte intellectuel qui est le sien, avec des références fortes aux travaux de Max Planck et d’Einstein, ainsi que le contexte général dans lequel le conseil doit se tenir. La liste des personnes impliquées ainsi que celle des invités figurent également, de même que les thèmes principaux et l’annonce d’une répartition des rapports. On voit sur la première page la mention « Confidentielle », tracée de la main de Charles Lefébure, secrétaire d’Ernest Solvay et qui sera par la suite très impliqué dans le suivi de l’Institut international de physique Solvay, au poste de secrétaire de la Commission administrative.

Le Conseil de Physique de 1911 est l'un des plus célèbres pour la notoriété de ses participants, ainsi qu'en raison de l’importance des sujets traités pour la physique moderne, avec en toile de fond l’enjeu de la construction d’une théorie quantique. En effet, ce qui deviendra un tournant formidable de la physique est encore du point de vue théorique à l'état d'intuition et de tâtonnement. C’est également la première fois que les théories d’Einstein, de Planck et Rutherford sont discutées dans une telle assemblée. Une première lourde de conséquences puisque Poincaré, fort peu convaincu par la théorie des quantas, en ressort converti. C’est en partie sa caution scientifique, à travers un article de 1912, qui permettra à la théorie des quantas de devenir un sujet scientifique légitime en France.

Devant le succès de cette réunion scientifique, proposition est faite par Robert Goldschmidt de poursuivre l’entreprise et de créer l’Institut international de physique Solvay, qui sera fondé en 1912.