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Réinventer les Celtes
Un nouveau regard sur l'Histoire et la culture celtiques.

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Cette exposition virtuelle vise à mettre en lumière quarante ans de recherches sur les Celtes, qui permettent aujourd’hui de porter un regard nouveau sur ce peuple, de redécouvrir l’originalité de son Histoire et de percevoir son évolution sociétale et culturelle.

L’exposition présente les résultats de cette réinvention des Celtes, rendue possible par les apports de la recherche contemporaine en archéologie et en philologie.

Ce parcours virtuel accompagne une exposition physique organisée par le laboratoire AOrOc à l’École normale supérieure - PSL à l’été 2018. 

 

 

 

Introduction : repères chronologiques

Aucun récit fondateur de la culture celte, ou gauloise, ne nous est parvenu. C’est par les écrits de leurs voisins que nous les connaissons, depuis les auteurs grecs du Ve siècle av. J.-C. jusqu’à Jules César qui, dans le premier livre de la Guerre des Gaules (c. 57 av. J.-C.), évoque « le peuple qui, dans sa langue, se nomme celte, et dans la nôtre gaulois ».

La langue, l’outillage, l’armement, les parures et les mœurs des Celtes, ou Gaulois, forment une culture cohérente et autonome à l'âge du Fer, jusqu’à leur soumission dans le cadre des campagnes militaires de Rome au Ier siècle av. J.-C., puis de la création de l’Empire à la génération suivante.

 

L'âge du Fer européen a duré 750 ans, divisés en trois étapes :

  • le premier âge du Fer, ou Hallstatt, entre 750 et 450 av. J.-C. ;
  • le second âge du Fer ancien, aussi appelé la Tène ancienne, entre 450 et 300 av. J.-C. ;
  • le troisième âge du Fer récent, ou Tène récente, entre 300 av. J.-C. et le début de notre ère.
Fer (Hallstatt), 750 - 450 av. J.-C.

Aux VIe et Ve siècles av. J.-C., la société gauloise est dominée par des princes, enterrés dans de riches tombeaux avec des objets évoquant leurs activités : la chasse, la parade sur des chars, les banquets, les sacrifices. De la France à la Bohême, ils ont créé des villes réunissant autour des princes de nombreux artisans, comme Bourges, Vix, la Heuneburg ou l'Ipf.

Ils échangent des vases en bronze précieux, venus d'Italie ou de Grèce, contre de l'étain, des fourrures et des esclaves. La statuaire en pierre et les bijoux sont encore influencés par la mode orientalisante qui règne alors en Méditerranée.

Fer Ancien (La Tène ancienne), 450 - 300 av. J.-C.

Au IVe siècle av. J.-C., la société est dominée par des aristocrates, moins riches mais plus nombreux que les princes des générations précédentes. Ils vivent dispersés dans la campagne. Leurs armes et leurs bijoux sont décorés de motifs entrelacés d'où jaillit parfois un masque : l'art celtique atteint sa maturité.

C'est l'époque où les Celtes sont les plus puissants : leurs guerriers sont engagés par les Grecs comme mercenaires; ils colonisent plusieurs provinces en Italie, dans la vallée du Danube et même dans l'actuelle Turquie.

Fer récent (La Tène récente),  300 - 0 av. J.-C.

Les activités artisanales se développent au IIe siècle av. J.-C. Des agglomérations se forment sur les grands carrefours. On échange, grâce aux premières monnaies, des objets en fer en bronze, en verre, ainsi que du vin importé d'Italie, du sel, des céréales et de la viande.

Bientôt, nobles, artisans et agriculteurs créent ensemble de véritables villes, les oppida, qui occupent, en les agrandissant jusqu'à plusieurs centaines d'hectares, les anciennes fortifications de hauteur.

L'Italie septentrionale à l'âge du Fer
Relevé de la Tombe de guerrier de Sesto Calende
Tombe 'del bacile' (du bassin)
Tombe 'de la situle' de Trezzo sull’Adda

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De langue celtique mais de tradition italique, la culture de Golasecca s’épanouit, en Italie du Nord, autour des principaux axes fluvio-lacustres qui relient la plaine du Pô, alors étrusque, aux territoires celtiques, au nord des Alpes. Si les premiers contacts des Celtes avec les cités étrusques se nouent dès le milieu du VIIIe s. av. J.-C., ils se renforcent au cours des deux siècles suivants.

Les origines des biens de prestige trouvés dans les tombes des élites locales de Golasecca revèlent l’existence de liens de plus en plus forts. Objets de luxe, symboles et usages des mondes étrusco-italique et celtique se mêlent aux productions indigènes, ce qui met en valeur le rôle des classes supérieures de Golasecca dans le système d’alliances entre Étrusques, Celtes et peuples italiques.

 

Ainsi, dans la tombe du « guerrier de Sesto Calende » la capacité d’accumulation ostentatoire est mise en scène dans une panoplie qui mêle armement défensif et offensif de tradition étrusco-italique et de culture hallstattienne (considérée comme le berceau des peuples celtes).

En revanche, la petite situle ornée d’animaux stylisés de Trezzo sull’Adda, fabriquée localement, illustre le haut niveau de technicité acquis par les artisans bronziers indigènes. Si l’élite bénéficie du commerce à moyenne et longue distance, les artisans et les marchands en sont les principaux moteurs. La présence de nombreux objets de type Golasecca au nord des Alpes le confirme, soulignant le rôle clef joué par Golasecca dans les réseaux d’échange.              

                                              

 

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PSL-Explore_expo_virtuelle_carte_monterenzoLes Celtes qui s’installent vers -400 av. J.-C. au sud du Pô, dans la région de Bologne, prennent le nom de Boïen. Ils forment avec les populations indigènes une société multi-ethnique et multi-culturelle, et pour près de deux siècles.

 

 

Les objets déposés dans la tombe montrent que les guerriers se définissent alors comme Gaulois au combat, Étrusques ou Grecs pendant les banquets ou dans les exercices athlétiques, et Ombriens dans certains aspects des rituels funéraires, tels que les choix de vases ou de brûle-parfums.

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"Kylix", service à boisson : coupe à boire, tous droits réservés

 

 

Une société en évolution
Principaux sites princiers hallstattiens
Reconstitution de la tombe d'Hochdorf

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Au moment où les Grecs fondent la colonie de Massalia (Marseille), les Celtes développent de grandes agglomérations à Bourges, Lyon, Dijon ou Bordeaux. Elles comprennent en général un habitat fortifié, des faubourgs d’artisans étendus sur plusieurs dizaines d’hectares, et une couronne de riches sépultures.

 

Dans le cas de la ville de Bourges, l’habitat central est aujourd’hui masqué par la ville moderne. En revanche, de nombreux « tumulus » (tertres) abritant des tombes fastueuses, se dressent dans la campagne environnante, et les faubourgs livrent les traces d’une intense activité artisanale.

 

 

PSL-Explore_expo_virtuelle_map_hochdorfLa tombe de Hochdorf, dans l’actuel Bade-Wurtemberg en Allemagne, nous fournit un exemple de ces tombes fastueuses. Datée de 540-520 av. J.-C., elle réunit tous les éléments d’un banquet, dont les neuf participants consommaient de la viande et des boissons selon un ordre protocolaire très strict. La nature et la disposition des assiettes, des bassins et des cornes à boire indiquent une hiérarchie dominée par le prince et deux convives, qu’il faut imaginer assis en tailleur sur le sofa en bronze.

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"Reconstitution d'un banquet : un prince et ses deux convives assis en tailleur."

 

 

 

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"Fouille de la tombe princière de Lavau" . À l’intérieur du chaudron, la fouille a mis au jour une oenochoé attique à figures noires, ornée de décors en or et en argent ; elle était associée à plusieurs objets en argent doré (passoire, cuillère perforée, pied de coupe ou de gobelet) (cliché : D. Gliksman, Inrap).

La tombe de Lavau, en périphérie de Troyes, était associée à un très vaste monument funéraire. La sépulture est celle d’un homme de très haut rang, ayant vécu dans la première moitié du Vème siècle av. J.-C. Le faste du prince de Lavau et son goût pour la culture méditerranéenne constituent l’un des tout derniers témoignages du genre, qui porte ici quelques ingrédients d’un nouvel âge, celui du deuxième âge du Fer, et des Celtes historiques.

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À partir du IVe s. av. J.-C, les complexes princiers disparaissent et la société, moins hiérarchisée, vit dispersée dans les campagnes. À proximité des fermes et villages se développent alors de grandes nécropoles qu’on appelle « tombes plates » parce qu’elles sont signalées au mieux par un enclos de palissade.

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"Silhouettes illustrant les principaux assemblages de parure du Ve et du début IVe siècle en Champagne puis des IVe et IIIe av. J. -C." (C. Belard). Le défunt est caractérisé par son costume et une panoplie de parures qui représentent son sexe, son âge et sa fonction au sein de la communauté.

 

 

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Des centaines de fermes gauloises, aussi nombreuses et riches que les villas romaines, ont été repérées ou explorées depuis trente ans dans le bassin Parisien. Elles réunissent plusieurs bâtiments à l’intérieur d’un même enclos, le plus souvent une habitation, une grange, une étable, des greniers surélevés et des silos souterrains.

 

 

 

 

 

 

Le même phénomène s’observe dans le centre de la France, où l’on a découvert, à côté d’établissements modestes, des « fermes aristocratiques ». Celles-ci se distinguent par la présence de grands bâtiments, de porches monumentaux et d’objets précieux importés. Celle de Batilly, reconstituée ici, préfigure les villas de l’époque romaine par sa surface étendue, par la séparation des zones d’activité et de résidence, et par ses décors peints.

 

Reconstitution 3D de la ferme aristocratique Batilly-en-gâtinais
Maquette de Bazoches
Plan du village d'Acy-Romance
Inhumé en position recroquevillée

PSL-Explore_expo_virtuelle_carte_acy_romanceLe modèle du village gaulois, très présent dans la culture populaire, a pu être considérablement éclairé par les découvertes faites à Acy-Romance (Ardennes) dans les trente dernières années. Ce village gaulois (180-30 avant J.-C.) a d’abord connu une période faste, puis la vitalité du bourg s’est étiolée jusqu’à sa disparition au début de notre ère. D’une quinzaine d’hectares, il a été fouillé dans son intégralité.

L’habitat, installé sur un plateau dominant la rivière Aisne, est organisé en quartiers représentatifs des activités de la population. Au sommet de la colline, une grande place palissadée, bordée de bâtiments, et une nécropole d’une vingtaine de sépultures, constituent le centre communautaire et religieux. Les sépultures laissent supposer l’existence de sacrifices humains et d’hécatombes de brebis. Les habitations, quant à elles, bordent trois grandes places et sont organisées en unités comptant une maison et quelques annexes. À l’est du site, dans le secteur occupé par les agriculteurs, des silos caractéristiques du stockage de céréales et réutilisés en dépotoirs ont livré de nombreux objets du quotidien.
Les chercheurs ont aussi pu localiser, au nord, le quartier des éleveurs, où des grands bâtiments remplacent les silos, et au sud, des objets et déchets identifiant l’activité de forgerons-dinandiers.

 

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"Individu inhumé les mains dans le dos". Une blessure par hache est visible sur le côté du crâne, crédits © B. Lambot

Répartition des principales agglomérations artisanales

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A partir du IIIe s. av. J.-C. se développent en plaine, sur des carrefours, des agglomérations d’artisans et de commerçants. Ils travaillent le fer et le bronze pour faire des armes, des outils et des parures, et importent des milliers d’amphores de vin. Avec la frappe de monnaies, un véritable commerce se développe. Les productions agricoles et artisanales s’intensifient et s’exportent.

Maquette d'un oppidum
Reconstitution d'un rempart massif
Restitution théorique d’un murus gallicus

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A la fin du IIe s. av. J.-C., la population des villages artisanaux est attirée dans des villes fondées par l’aristocratie rurale. Positionnées sur les collines et étendues sur plusieurs dizaines d’hectares, entièrement clôturées par un rempart de prestige, elles surplombent les espaces cultivés. 

Paysans, artisans, commerçants et nobles partagent cet espace clos de l’oppidum, où lieux de culte côtoient l’ébauche de places publiques. Le développement des portes monumentales suggère en outre l’existence d’un péage et, probablement, de privilèges réservés aux occupants de l’oppidum.

L’espace est réparti en enclos irréguliers, à l’intérieur desquels les familles riches organisent à leur gré habitation et annexes. Les échoppes des artisans sont généralement alignées le long des rues.

 

À la fin du IIe s., les remparts de villes ou de sanctuaires entourent des surfaces considérables, jusqu’à plusieurs centaines d’hectares. Ces enceintes percées de quelques portes monumentales sont composées tantôt d’un rempart de prestige en bois, terre et pierre, le murus gallicus, tantôt d’un talus massif en terre précédé d’un large fossé privilégiant la défense. Le second modèle prévaut durant la Guerre des Gaules et les talus massifs marquent encore aujourd’hui le paysage, par exemple en Normandie et en Picardie. Quand ils sont fouillés, on constate qu’ils recouvrent souvent un rempart à poutrage de bois plus ancien.

 

"Murus gallicus" : Le mur gaulois, ou murus gallicus, est décrit par Jules César dans le livre VII de la Guerre des Gaules.

La culture celtique

Modélisation 3D du Casque d'Agris, Alienor.org / Conseil des Musées, 2018

L’art celtique est l’expression visuelle d’un système d’idées partagé par l’ensemble des groupes celtes. La cohérence artistique de l’Europe celtique se manifeste par la récurrence des motifs et des thèmes, tels que fleurs de lotus, triscèles, quadriscèles, animaux fantastiques, masques anthropomorphes, frises de rinceaux, etc. Si la force créatrice des artisans se nourrit d’emprunts au monde méditerranéen, les Celtes n’ont pas seulement imité : ils ont sélectionné un nombre restreint de signes qu’ils ont adaptés aux besoins de leurs récits.

PSL-Explore_conférence_une_histoire_des_rythmesfgdgLes colonnes repertorient l'évolution des différents motifs présents dans l'art celtique. Au cours des trois âges du Fer (colonnes 1, 2, et 3), la représentation des masques (ligne 1), du bestiaire (ligne 2) et des frises (ligne 3) évoluent. Crédits : Th. Lejars, CNRS, AOrOc, K. Gruel, CNRS, AOrOc.

 

Le début du IVe av. J.-C. marque un changement radical, une « métamorphose plastique », par rapport au courant artistique géométrique de l’époque précédente (hallstattienne) : les signes fusionnent et les motifs curvilignes s’enchaînent.  Jusqu’au début du IIe s., l’art celtique s’épanouit ; les liens avec l’art méditerranéen se diluent à mesure que le nouveau langage gagne en cohérence. La représentation de la figure humaine se cache désormais dans un enchevêtrement de courbes rinceaux curvilignes ; elle connait son ultime essor dans l’art monétaire de la dernière période.

 

Les vasPSL-Explore_expo_virtuelle_carte_vase_figuration_animalièrees en céramiques peintes à figures animalières comptent parmi les plus remarquables témoignages de l’art gaulois. Ces objets de prestige, qui connaissent leur apogée au milieu du IIe s. av. J.-C sont notamment localisés dans le nord-est du Massif central. Ce sont tous des récipients destinés au service de la boisson. Les animaux représentés sont toujours des quadrupèdes au poitrail bombé, à la panse pincée et à l’arrière-train rebondi. Ces figurations sont stylisées et les pattes, la tête, les oreilles et la queue ont des proportions et des formes variables. Ces vases sont probablement des accessoires de pratiques religieuses qui restent en grande partie à décrypter.

 

"L'art celtique". René Joffroy, archéologue français (1915-1986) évoque l'originalité de l'art des Celtes.

 

Vases peints à décor réservé sur fond en résille (milieu du IIe s. av. J.-C.)
Mise en regard des figurations animalières
Vase peint à décor zoomorphe réservé sur un fond en aplat noir.
Fouille d'un atelier de travail du fer
Maquette de l'atelier bronzier au Musée de Bibracte

PSL-Explore_expo_virtuelle_bibracteLa qualité des artisans celtes, leur maîtrise des arts du feu, est attestée dès le VIIIe s.

Cet artisanat celte a en particulier été mis en lumière grâce aux fouilles du site de Bibracte, en Bourgogne, reprises dans les années 1980.

 

La qualité remarquable des vestiges mis au jour concernant le travail du métal a permis de relever les plans d’ateliers du travail du fer, d’analyser les alliages cuivreux et d’identifier les productions. Les ateliers comprennent une zone chaude, au sol sombre, consacrée au travail de forge (fusion d’alliages, cuissons, soudures) ainsi qu’une partie froide, bien éclairée, réservée aux élaborations, finitions et polissages. Ce type d’artisanat implique une production spécialisée avec des chaînes opératoires complexes.

Plan du sanctuaire de Ribemont-sur-Ancre
Sanctuaire de Corent

PSL-Explore_expo_virtuelle_ossuaire_ribemontLa connaissance des cultes religieux a été complétement renouvelée par l’étude de sanctuaires datant principalement des IIIe et IIe s. av. J.-C., notamment dans l’actuelle Picardie.

 

 

Le sanctuaire de Ribemont-sur-Ancre (Somme), vaste lieu de culte gaulois et gallo-romain, a été fondé au début du IIIe s. av. J.-C. Les recherches sur ce site, qui a conservé des dépôts humains en place, probablement consacrés après une bataille, a permis de mieux comprendre les rituels gaulois. Le sanctuaire est constitué d'un enclos rectangulaire couvrant un peu plus d'un hectare, il est délimité par un fossé large de trois mètres et bordé, à l’intérieur comme à l’extérieur, par des constructions en élévation.

 

Il contient une fosse jonchée d’ossements humains et de chevaux accompagnés d’armes en fer. L’examen des ossements montre qu’il s’agit d’une population masculine de plusieurs centaines d’individus, tués au combat. Le sanctuaire dans son ensemble pourrait être un trophée monumental, érigé à l’emplacement d’un champ de bataille, tandis que l’enclos curviligne aurait été destiné à célébrer un culte héroïque.

 

Les pratiques cultuelles impliquent parfois des sacrifices, le plus souvent d’animaux, plus rarement d’êtres humains. Les animaux qui font l’objet de sacrifices peuvent être soit consommés dans le cadre de banquets ou de rituels, comme c’est le cas pour les porcs et les moutons, soit exposés, dans le cas des chevaux et des bœufs.

 

PSL-Explore_expo_virtuelle_syncrétisme_pauleLa statuaire en pierre a existé pendant tout l’âge du Fer, mais elle était probablement marginale par rapport à la statuaire en bois qui a presque totalement disparu. Si les plus anciennes rappellent les « kouroi » grecs archaïques, les Celtes abandonnent vite la représentation réaliste du corps au profit de formes originales qui cherchent à illustrer les pouvoirs ou les qualités de la divinité ou du héros représentés. Devant les statues grecques de Delphes, ils sont secoués d’un immense éclat de rire, comme l'explique Diodore de Sicile dans sa Bibliothèque historique.

"Statues interprétées comme des figures d'ancêtres", Paule, Côte d'Armor, 1988, crédits A. Lepotier et A. Maillier

 

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PSL-Explore_expo_virtuelle_statuaire_roquepertuse(gauche) "Héros assis en tailleur", Glanum, fac-similé réalisé au CEPMR de Soisson avec restitution des éléments peints, Bouches-du-Rhônes 1930, crédits A. Barbet.
(droite) Portique de Rocquepertuse, 2010, crédits A. Barbet.

 

 

Le pilier des Nautes

 

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Le 16 mars 1710, des ouvriers démontent un mur ancien dans le chœur de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Ils découvrent des blocs de calcaire, dont les antiquaires de Paris s’approprient rapidement la découverte. De nombreux ouvrages voient le jour, menant à la reconnaissance internationale de ce qui s’avère être le Pilier des Nautes.

Chacun des quatre blocs du pilier (dont trois sont lacunaires) est sculpté sur ses quatre faces. Les ornements représentent des dieux, certains commanditaires, ainsi que la corporation des Nautes de Paris (navigateurs marchands). La dédicace a permis la datation au règne de Tibère (14 – 27 de notre ère).

 

"Modélisation 3D du Pilier des Nautes de la Seine", laboratoire AOrOC, 2018.

L’intérêt historique de ces pièces se porte principalement sur la juxtaposition de divinités romaines et celtiques et de la présence d’une inscription en alphabet latin qui les identifie. Ainsi Cernunnos, Smertrios , Esus et Tarvos Trigaranus côtoient Jupiter, Mars, Vulcain ou encore Mercure. Alors qu’au temps de l’indépendance gauloise, les images anthropomorphes divines ne sont pas attestées, l’iconographie du Pilier des Nautes révèle l’adoption de pratiques formelles d’inspiration romaine dès le début du Ier siècle, et suggère la possibilité d’un syncrétisme religieux dans l’Empire romain.

Enfin, cet acte d’évergétisme revendiqué par les Nautes de la Seine amène à interroger le statut social et politique des corporations marchandes. En offrant ce monument à Jupiter et à l’empereur, il ne fait aucun doute que les commanditaires ont cherché à montrer leur influence sur la vie politique de leur cité.

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©Réunion des Musées Nationaux - Musée de Cluny, Paris - C.Quatrelivre, doctorante Aoroc

La guerre des Gaules
Pièce frappée du profil et du nom de Vercingétorix
Renforts de Vercingétorix à Alésia

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La guerre des Gaules (58-51 av. J.-C.) oppose les troupes du proconsul de Rome Jules César aux peuples gaulois, jusqu’à la chute d’Alésia qui scelle leur défaite en 52 av. J.-C. Les fouilles ont permis de reconstituer le siège de l’oppidum par les Romains : travaux de terrassements, installations de pièges, armes et projectiles de toutes sortes ne laissent pas de doute sur l’emplacement de la bataille.

 

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"'Tribuli', pièges contre la cavalerie". Les tribuli, fichés dans le sol, blessaient les pieds des chevaux.

 

 

 

 

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La guerre des Gaules crée aussi un besoin de monnaies pour payer les troupes, les équipements, les mercenaires, et assurer l’intendance des armées gauloises. Sur ces monnaies apparaissent les noms de chefs parvenus jusqu’à nous via le texte de César, De Bello Gallico (La Guerre des Gaules). La présence de nombreuses monnaies issues des mêmes coins monétaires dans les trésors armoricains révèle qu’elles n’ont pas circulé et ont donc été prélevées dès la frappe. La répartition des trésors montre une double concentration, l’une sur le territoire des cités émettrices, l’autre depuis la région d’Avranches jusqu’à Jersey. La découverte de ces trésors a permis d’évaluer à 2 290 0000 pièces le volume des monnaies émises, soit 3206 kilogrammes d’argent.

(image ci-dessus) "Vénètes", région de Vannes. Pour aller plus loin : découvrir les rôles  et enjeux de la monnaie pendant la période protohistorique, rendez-vous à l'exposition Monnaie, Monnaie, du 15 juin au 11 novembre 2018.

 

 

Qui est en charge de ces émissions ? Que nous apprennent-elles sur l’organisation de la société ? Les émetteurs ne sont pas les chefs suprêmes des cités ; ils sont issus des grandes familles, souvent chefs de partis (chaque cité compte un parti indépendantiste et un parti pro-romain). Diriger un corps d’armée engage probablement à émettre l’argent nécessaire à son équipement. En effet, les chefs gaulois sont élus par acclamation et les charges et responsabilités sont attribuées au plus offrant.

 

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"Vercassivellavnos, arverne"
Vercassivellavnos, arverne (à droite), le cousin de Vercingétorix, commanda l'armée qui porta secours à son parent pendant la bataille à Alésia.

 

"Le rassemblement des armées gauloises pour le départ vers Alésia". Jules César évoque Vercassivellavnos dans la guerre des Gaules, lorsqu'il explique comment les troupes gauloises se sont rassemblées sous un commandement unifié, notamment mené par Vercassivelavnos.

Mercenaires enterrés avec leurs chevaux à Gondole

À l’emplacement de l’oppidum de Gondole (Auvergne), une sépulture multiple a été mise au jour. Elle se distingue des modes d’inhumations en vigueur pendant la guerre des Gaules car elle associe hommes et équidés, disposés sur un même niveau et selon des orientations analogues.

 

L’unique distinction entre l’homme et l’animal semble tenir à la séparation des deux espèces dans la tombe, séparation relative puisque les corps des chevaux ont volontairement été reliés à ceux des hommes. L’absence de mobilier ne permet pas de statuer sur l’origine de ces individus, morts dans la force de l’âge et dans un laps de temps très court, sans présenter de trace susceptible de nous informer sur les causes du décès. Un phénomène similaire s’observe aux alentours de Gergovie. Ces rituels exogènes suggèrent la présence de populations germaniques parmi les troupes auxiliaires, ou mercenaires, de l’armée romaine.

 

"Défaite de César à Gergovie". L’oppidum de Gergovie fait l’objet d’un célèbre siège en 52 av. J.-C., quelques mois avant celui d’Alésia, conclu par la victoire des troupes de Vercingétorix contre les légions romaines.

La plume et la truelle : méthodologies

Les Commentarii de Bello Gallico de César, ensemble de sept livres qui relate sa victoire dans la guerre des Gaules, est un point de départ indispensable pour l’archéologie. L’approche archéologique et l’analyse des occurrences de mots permettent de confronter données de terrain et données textuelles. Cette approche croisée permet d’éclairer la perception qu’avait César de la société gauloise.

 

César tente une traduction latine de réalités étrangères et, dans un texte à visée politique, emploie des termes ou expressions dont le sens ne devient clair qu’une fois les occurrences mises bout à bout. Le vocabulaire militaire est au premier plan, même s’il fait œuvre de grande qualité littéraire et un plaidoyer en sa faveur, César doit remplir les normes d’un rapport au sénat. César décrit ainsi la tactique de la terre brûlée dans une expression récurrente : « aedificia, vicos et oppida incenderunt ». On y retrouve les trois niveaux génériques de l’organisation de l’habitat gaulois : la ferme isolée, le village et la bourgade fortifiée.

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"Nuages de mots comparant les Livres de la Guerre des Gaules". Livre I à VI : le vocabulaire est guerrier ; l'oppidum tient une place centrale. Livre VII : alors que la guerre touche à sa fin, les oppida gaulois reçoivent le nom, jusqu’alors réservé à Rome, de urbs, plus seyant à un contexte de triomphe que César anticipe déjà.

 

 

Inscription gauloise d'Autun
La bilingue de Briona

L’interprétation des inscriptions gauloises suppose une connaissance approfondie des langues celtiques médiévales et modernes, ainsi que de la grammaire comparée des langues indo-européennes. Chaque mot ou élément de mot gaulois est en effet susceptible d’être expliqué par la comparaison avec ces langues. Ainsi, les inscriptions grecques et latines ont presque toujours servi de modèle aux inscriptions gauloises. L’interprétation des inscriptions est menée conjointement par les archéologues, les historiens, et les épigraphistes.

À titre d’exemple, l’inscription bilingue de Briona (Italie du Nord) présente, de gauche à droite, un texte secondaire écrit verticalement, quatre roues de char, et, au centre, le texte principal. Les textes utilisent un alphabet gallo-étrusque appelé « alphabet de Lugano » mais on peut noter plusieurs signes de contacts avec le monde latin. En effet, le son [s] est noté soit « š » (alphabet étrusque), soit « s » (écriture latine).

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                                   "Graffites gaulois de la Graufesenque, compte de potiers"

 

 

La technique de la prospection géophysique, alliée au travail de terrain, permet d’améliorer la précision des cartographies de sites archéologiques. Le processus se déroule en trois étapes.

 

PSL-Explore_expo_virtuelle_prospection_1D’abord, la photographie aérienne (ici redressée) révèle le plan complet du site, ici l’établissement fortifié situé sur l’actuelle commune de Meunet-Planches (Indre).

 

 

 

 

 

 

 

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Ensuite, la prospection magnétique révèle des fosses et des fossés enfouis.
Pour aller plus loin : accédez à l'outil gratuit Chronocarto.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Enfin, la fouille sur le terrain, suivie du retraitement de la carte permettent de mettre en évidence les clous du murus gallicus et les fours de réduction du fer.

 

 

 

 

 

Pour aller plus loin : regarder "La radiographie des villages gaulois" sur Savoirs-ENS pour en savoir plus sur les progrès de l'imagerie archéologique.

Evolution de la vaiselle
Vase du Berry

Les traces observées sur les céramiques permettent d’identifier des techniques de façonnage. Dans la région de l’actuel Berry, les vases fins du VIe s. sont peints au graphite ou à l’hématite, puis rehaussés de motifs géométriques réalisés à la barbotine (mélange d’argile et d’eau).

 

Au Ve s., l’utilisation de tournettes (plateaux tournants permettant de peindre sur les vases) révolutionne les modes de fabrication. Les tessons du Ve s. av. J.-C. retrouvés à Bourges témoignent par exemple de l’introduction d’un tour lent dans les officines de potiers. Les récipients sont d’abord façonnés par superposition de colombins (anneaux d’argile), puis les parois sont affinées et régularisées en « tournassant » le pot sur une tournette. La standardisation des récipients devient possible, tout comme le fait de les rendre plus fins et sinueux. C’est aussi l’époque où les couvercles apparaissent.

 

Les motifs peints disparaissent progressivement, au profit de cannelures (rainures verticales ou en hélice) ou de bandeaux peints à l’hématite (oxyde de fer). Au IVe s., les formes s’affinent encore et les cannelures sont remplacées par des moulures.

 

"Archéologie expérimentale, le tour lent", Archéologue - Conception : L. Augier, Potière : I. Renault, Caméraman : A. Moirin, Montage : E. Augier. Tous droits réservés.

 

Pour aller plus loin : voir la conférence "Quels contenus pour quels vases ?" par Dominique Frère (Université de Bretagne-Sud, AOrOc).

Pour identifier les contenus organiques des objets archéologiques, les scientifiques disposent d’un éventail de méthodes.

La spectrométrie de masse permet d’analyser de petits échantillons carbonés de manière extrêmement précise. De nombreux traitements chimiques sont nécessaires pour isoler les molécules qui présentent un intérêt dans l’échantillon. Cette technique a été utilisée pour étudier le contenu de la lampe massaliote de Bourges. D’origine méditerranéenne, celle-ci fonctionne originellement avec de l’huile d’olive. Les chercheurs s’attendaient à un contenu d’huile végétale, voire de graisse animale, mais la lampe contenait de la cire d’abeille.

 

PSL-Explore_expo_virtuelle_extraction_mielLa palynologie, ou étude des pollens, permet de reconstituer la flore de l’époque étudiée. Elle intervient dans l’analyse du contenu du chaudron en bronze trouvé dans la tombe princière de Hochdorf. Les scientifiques ont déterminé que celui-ci contenait de l’hydromel, boisson alcoolisée constituée d’un mélange de miels.Une cartographie des zones de butinage a en outre pu être établie pour représenter la provenance géographique des miels utilisés.

"Prélèvement de traces organiques dans un vase", MAGI D. Frère, Univ.Lorient, AOROC © Th. Crognier

 

Pour aller plus loin : découvrir l'archéologie des produits biologiques via le projet bioarcheo piloté par l'ENS et l'Université de Bretagne Sud.

 

 

 

 

 

Crédits

L'exposition Réinventer les Celtes à l'École normale supérieure a été réalisée grâce au soutien de

La DRAC Île-de-France,
Le service régional de l’archéologie, ministère de la Culture
L’Union Internationale des Sciences Préhistoriques et Protohistoriques (UISPP)
La fondation de l’École normale supérieure

L’Université PSL
L’Ecole normale supérieure
L’UMR Archéologies et philologie d’Orient et d’Occident (AOrOc, CNRS-ENS)
L’Institut National de la Recherche en Archéologie Préventive (INRAP)
La Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais
Le Musée national du Moyen-Âge, Musée de Cluny, Paris
Le Grand-Duché du Luxembourg, musée
Bibracte EPCC
Bourges +, service archéologique
CG Seine-Saint-Denis, service archéologique
CG Allier, service archéologique
L’Université de Cergy-Pontoise, LPMN

Coordination de l’exposition

Katherine Gruel, Olivier Büchsenschütz

 

Conception et réalisation de l'exposition virtuelle

Maya Messaoudi, Annael Le Poullennec, Direction Ressources & Savoirs de l'Université PSL

 

Remerciements

Rémi Auvray, Salma El Blidi, François Ory (conception graphique)

Jessica Dubos, Jean-Baptiste Houal (reconstitutions 3D)

Nicolas Gérard (Enregistrements)
Antoine Moulin (Voix)

Thomas Crognier (QR codes)

Véronique Prouvost, Noëlle Aziz, Julien Fournigault, Jessica Malamba, Philippe Pommier (Communication de l'ENS)

 

Technologie

Drupal 7

 

 

Webographie

L'équipe d'AorOc est à l'origine de nombreux projets numériques de valorisation de l'Histoire et la culture celtiques.

Parmi ceux-ci, plusieurs projets grand public sont accessibles en ligne.

  • "Oppida", atlas des oppida celtiques ;
  • Une histoire du site archéologique de Ribemont-sur-Ancre ;
  • Un reportage sur les recherches menées à Lavau ;
  • Une restitution 3D du village gaulois d'Acy-Romance ;
  • Une reconstitution de l'oppidum de Corent ;
  • Le site de Bibracte ;
  • La chronique de la fouille de la tombe de Warcq et de celle de Lavau ;
  • Le portail de visualisation en ligne des données géo-référencées Chronocarto ;
  • Le site d'Aoroc.

Retrouvez également le dossier consacré aux Celtes sur Savoirs-ENS, le site de diffusion des savoirs de l'École normale supérieure.