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Zeus à la double hache : le sanctuaire de Labraunda
Une présentation du sanctuaire archéologique de Labraunda (Turquie), de son histoire et des recherches qui y sont menées.

 

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"L'andrôn de Mausole"
Ali Konyali, 2009, tous droits réservés.

 

Labraunda fut l’un des sanctuaires majeurs de l’Anatolie antique. Son histoire, et les vestiges qu’il recèle, en font un témoin exceptionnel des échanges culturels du monde méditerranéen antique.

Cette exposition virtuelle réalisée par PSL donne suite à l’exposition photographique organisée à l’École normale supérieure fin 2015. Elle se veut complémentaire de cette approche visuelle, en présentant à la fois le contexte historique et la pratique archéologique pour dresser un état des connaissances sur Labraunda.

Pour toucher tous ses publics, du novice à l'expert du domaine, PSL-Explore propose plusieurs parcours. En écho à l'approche transversale qui est celle des archéologues sur le terrain, l'exposition est structurée autour de grandes rubriques, chacune pouvant être abordée comme un parcours indépendant.

En parallèle, une chronologie et un plan interactif du site permettent de saisir les grands enjeux en un coup d'œil, tandis que les images à ouvrir en visionneuse donnent aux internautes la possibilité d'approfondir, au plus près des monuments et des détails techniques.

 

 

 

Introduction

 

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"La montagne du Latmos, au dessus du village d'Ikiztas"
Ali Konyali, 2009, tous droits réservés.

 

Le sanctuaire de Labraunda, où est vénéré Zeus à la double hache, est pendant l'Antiquité, un sanctuaire majeur d’Anatolie.

Accroché aux flancs du mont Latmos, le site se trouve au cœur de la Carie, dans le sud-ouest de l’Asie Mineure. Il est la vitrine de la puissance politique, économique et culturelle du peuple carien, dont est issu le fameux Mausole, qui a donné son nom au mausolée d'Halikarnasse.

 

 

Carte des grandes régions de l'Anatolie et localisation du site de Labraunda

La région carienne occupe le quart sud-ouest de l'Anatolie, l'actuelle Turquie.

Par sa localisation, au carrefour des voies de communication maritime Est-Ouest et Nord-Sud, la région se trouve au centre des échanges matériels, porteurs des courants culturels.

Zone de contact entre les civilisations occidentales (Minoens) et orientales (Hittites) dès l’âge du bronze, la Carie est considérée comme le point d'entrée de l’hellénisme en Asie Mineure.

 

Intégrée à l’Empire Perse dès le VIsiècle avant J.-C., la Carie connaît son apogée au IVsiècle, lorsque le Grand Roi Artaxerxès II Mnémon décide d’en faire une satrapie (province) distincte.

À cette occasion, il nomme satrape (gouverneur) de Carie l’un des nombreux souverains locaux qui occupent la région, Hékatomnos, fondateur de la dynastie des Hékatomnides.

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"Carte de situation du site de Labraunda"
Olivier Henry, 2015, tous droits réservés.

 

À la suite d'Hékatomnos se succèdent ses cinq fils et filles, qui ont la particularité de se marier entre frères et soeurs : Mausole et Artémisia, Idrieus et Ada, et le dernier frère, Pixodaros.

Le premier de la fratrie à accéder au trône est Mausole, resté célèbre grâce à sa tombe monumentale à Halikarnasse, le mausolée, inscrit sur la liste des sept merveilles du monde antique. Mausole règne de 377 à 353 av. J.-C. et transforme la Carie, jusqu’ici une mosaïque de villes et de villages dirigés par des dynastes locaux, en une véritable nation. Pour ce faire, il réforme profondément l’économie de la région, développe son urbanisme et met en valeur sa culture locale, teintée d’influences anatoliennes autant que grecques.

 

Retrouver la chronologie de Labraunda.

 

Monnaie de Mausole

Dédié à Zeus Labraundos, porteur de la double hache, le sanctuaire est construit sur les flancs de la montagne du Çomakdağ, à 14 km de Mylasa, la ville la plus proche. Bien que retiré, ce lieu sacré attire, à l'époque antique, des pèlerins venus de toute la Carie.

 

Entouré d’une forêt de platanes, le sanctuaire se limite à l’origine à une seule terrasse qui porte un autel et un petit temple orné de deux colonnes en façade. Il est probablement indépendant et géré par les prêtres qui y officient.

 

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On suppose que vit alors, à proximité de ce sanctuaire, toute une petite communauté : les prêtres et leurs familles, les employés du temple, les esclaves, les ouvriers qui assurent l’entretien des édifices religieux et les agriculteurs qui cultivent les terres sacrées.

 

Le nom du sanctuaire est orthographié Labraunda, mais on peut trouver d'autres variantes comme Labranda ou Labraynda dans les sources anciennes et sur les inscriptions in situ. Ces diverses graphies sont dues à l’évolution du langage et de la prononciation à travers les siècles.

"Logo de la mission archéologique de Labraunda"
Olivier Henry, 2015, tous droits réservés.

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Cliquer sur l'image pour découvrir le plan interactif du sanctuaire.

 

Le Sphinx de Labraunda
Restitution de Labraunda vers 300 ap. J.-C.

Lorsque les Hékatomnides sont placés à la tête de la satrapie nouvellement créée de Carie, ils entreprennent de réunir l’ensemble des communautés cariennes autour d’une identité commune. Ils décident alors de refonder un certain nombre de lieux de cultes modestes qui acquièrent une dimension nationale.

Mausole (377-352 av. J.-C.) puis son frère Idrieus (351-344 av. J.-C.) commandent de grands travaux de terrassement et la construction d'une série de bâtiments monumentaux. Ainsi, les Hékatomnides dotent le sanctuaire d’une architecture somptuaire et font de Labraunda le centre cultuel le plus important de la région.

Cependant, la fonction de Labraunda excède sa dimension religieuse. Grâce à son architecture majestueuse, le sanctuaire devient aussi un symbole du pouvoir hékatomnide.

 

Si l’activité architecturale connaît un certain ralentissement après la disparition des Hékatomnides, vers la fin du IVe siècle av. J.-C.les recherches récentes prouvent qu’elle ne s’arrête jamais vraiment.

Labraunda reste au centre du dispositif politique et religieux carien au moins jusqu’à la fin de la période romaine, au IVe siècle ap. J.-C. À cette époque, pas moins de trois complexes balnéaires sont en effet construits. La transition religieuse au début de la période byzantine y est aussi fortement marquée, avec la construction de deux églises autour des Ve et VIe siècles ap. J.-C.

Le site ne sera abandonné qu’au XIIIe siècle avant d’être redécouvert au XIXe siècle par les voyageurs européens.

 

Retrouver la chronologie de Labraunda.

 

Les Cultes

 

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"Le paysage de Labraunda"
Ali Konyali, 2009, tous droits réservés.

 

Si Labraunda est surtout connu pour son culte de Zeus à la double hache, le site était un sanctuaire bien avant l'époque des Hékatomnides. 

Un rocher remarquable surplombe le site de Labraunda. Il laisse à penser que celui-ci pourrait avoir été considéré très tôt comme un lieu sacré. En effet, ce rocher régulièrement frappé par la foudre paraît avoir été fendu en deux à son sommet par un coup de hache. Ce phénomène a pu faire croire aux anciens que le dieu du ciel manifestait ainsi sa puissance.

 

Monnaie de Mausole
La stèle de Tégéa

Sous l'influence du pouvoir hékatomnide, le Zeus de Labraunda devint l’une des divinités les plus puissantes de Carie.

Cette figure marque une transformation profonde dans les cultes locaux et sa représentation montre une synthèse complexe des courants culturels à l’œuvre dans la région.

En tant que divinité de l’orage et des cieux, il est probablement l’une des incarnations du grand dieu de l’orage Tarhunt, hérité des cultures anatoliennes anciennes. Il doit peut-être aussi son épithète « Labraundos » aux anciens peuples de la région (Lydiens, Hittites) ou à la civilisation crétoise de l'âge du bronze (Minoens).

 

Il porte, en outre, une double symbolique masculine et féminine. S'il est souvent représenté sous les traits d'un homme barbu, la double hache le rattache à la culture minoenne qui associe ce symbole aux déesses mères crétoises.

 

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Les représentations du dieu à l’époque impériale le montrent régulièrement « polymaste », c'est-à-dire arborant de multiples protubérances sur sa poitrine. Cet attribut est généralement la marque des déesses de la fécondité, très présentes dans cette partie de la Méditerranée.

Ce Zeus aux multiples facettes se présente comme un puzzle remarquable dont chaque pièce semble être la manifestation d’une interaction culturelle distincte.

 

 

"Zeus Labraundos"
John Turtle Wood , 1877, dessin paru dans Discoveries at Ephesus including the Site and Remains of the Great Temple of Diana, London, Longmans, Green1877.
Ce dessin est l'unique témoignage d'une stèle de marbre retrouvée à Mylasa mais aujourd'hui disparue.

 

Perspective du sanctuaire, depuis le sud-est
Le festival à Labraunda
Le temple de Zeus
Restitution d’un chapiteau du temple de Zeus à Labraunda

Labraunda est relativement éloigné des villes les plus proches à l'époque antique. On peut supposer que la vie quotidienne est peu animée pour la petite communauté d'habitants en charge du sanctuaire. Le contraste avec le tumulte des quelques jours annuels de festivités est probablement saisissant. Le banquet et le sacrifice à Zeus, qui durent cinq jours consécutifs, constituent en effet l’événement majeur de l’année.

On estime que les participants au banquet sacrificiel annuel se comptent par milliers. D’importantes processions cheminent depuis les villages de la vallée et les villes situées au-delà. Les fidèles apportent des offrandes, du vin, et du bétail (bœufs, moutons, chèvres) destiné au sacrifice au dieu.

Les festivités rassemblent aussi des musiciens et des athlètes, comme en témoigne l’existence d’un grand stade à quelques centaines de mètres du sanctuaire.

Le sacrifice des animaux sur l’autel de Zeus marque le point culminant du festival. Une part des produits du sacrifice (os et graisse) est brûlée en l'honneur de la divinité. Une autre part revient aux mortels : la viande des animaux sacrifiés est cuisinée pour le banquet. Pendant ce temps, les compétitions sportives se déroulent au stade.

 

Bien que le site de Labraunda soit relativement étendu, le culte se concentre sur la terrasse haute, où se trouvent le temple et l’autel de Zeus.

Les membres les plus importants des communautés, notamment les chefs et les prêtres, sont invités dans les salles de banquet, les andrônes. Ils s’allongent sur des lits (klinè) pour y consommer le repas sacrificiel. On y sert quantité de vins en l’honneur de Zeus, représenté par une statue placée dans une niche à l'arrière de la pièce. Des personnalités de moindre rang s’étendent dans les six salles à manger prévues à cet effet.

Les bâtiments dédiés au banquet peuvent accueillir jusqu’à 200 personnes. Cependant, la plupart des participants festoient probablement à l’extérieur, sous des abris provisoires montés sur les diverses terrasses du sanctuaire.

 

L'église Est et le complexe des bains Est

Labraunda reste un lieu de culte important jusqu'à la fin de l’époque romaine, comme le prouve l’érection concomitante d’au moins deux églises sur le site aux alentours de la fin du Ve siècle ap. J.-C.

La première, l’église Est, est localisée à l'entrée même du site, occupant une partie des bains romains abandonnés quelques décennies auparavant. La seconde, l'église Ouest, se situe le long de la voie sacrée, en bas du site et est construite sur une ancienne colonnade (stoa).

Les archéologues s'interrogent sur les raisons de la construction de deux églises distinctes, qui peuvent avoir servi des objectifs différents, et sur les mécanismes de transition entre les cultes païen et chrétien.

Quoi qu’il en soit, il semble que les deux cultes se soient côtoyés et que l’église Est ait été rapidement abandonnée au profit de l’église Ouest, dont l’activité perdure au moins jusqu’au XIIe siècle ap. J.-C.

 

La Représentation du pouvoir

 

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"Dédicace d'Hékatomnos"
Photo Ali Konyali, 2009, tous droits réservés.

 

Dans leur projet d'affirmer l'identité carienne, les Hékatomnides choient particulièrement la région de Mylasa. Ils font de cette cité, berceau de leur dynastie, la première capitale régionale, et de Labraunda, son sanctuaire rural, le principal lieu de culte de Carie.

En refondant le culte de Zeus Labraundos, les Hékatomnides l'associent étroitement à leur pouvoir.

Le développement et la diffusion du culte devient dès lors un vecteur parfaitement adapté à la propagation de l'image de leur dynastie.

Ainsi, doté d'une architecture monumentale et d’un programme iconographique attaché au pouvoir central, le sanctuaire devient le brillant emblème de la « nouvelle » Carie.

 

Le Propylon Sud
Le propylon sud et le « palais hékatomnide »
L’escalier monumental de Labraunda

L'espace sacré d'un sanctuaire est défini par un mur d'enceinte, le mur de temenos, percé d'une entrée monumentale, appelée propylon ou propylée. Le propylon est un bâtiment de marbre blanc où s'ouvrent trois grandes portes. Devant sa façade se dresse une colonnade imposante.

Dans l’ensemble du monde méditerranéen, les sanctuaires ne disposent que d’un unique propylon. Il est donc exceptionnel que le sanctuaire de Labraunda compte deux entrées monumentales, les propylées Sud et Est.

Elles encadrent un vaste espace où se concentrent plusieurs bâtiments représentatifs de chaque phase d’occupation du site : escalier et fontaine hékatomnides, bains romains, ou encore église de la période byzantine.

Déjà, dans cet espace, le pouvoir des promoteurs est manifeste : le visiteur fait face à une série de bâtiments monumentaux. Aboutissement du pèlerinage entrepris depuis les centres urbains, l'entrée du sanctuaire est aussi le point de départ des cérémonies cultuelles.

 

Une fois les propylées passés, les visiteurs se trouvent devant un bâtiment atypique. Composée d’un haut mur percé d’une série de portes monumentales, cette construction a été identifiée par les premiers archéologues comme un « palais hékatomnide ». À la lumière des recherches récentes, il pourrait plutôt s’agir de salles de stockage reliées, par des escaliers souterrains, à la terrasse supérieure.

Cet ensemble pourrait aussi avoir été intégré à un bâtiment de scène. Les portes auraient débouché sur une plateforme en bois, expliquant ainsi la hauteur inhabituelle des seuils. Les acteurs auraient utilisé ce dispositif lors des représentations sacrées du festival annuel.

L’escalier monumental, perpendiculaire à cette scène, aurait alors servi de gradins aux spectateurs pendant les représentations.

La présence d'un escalier d'une telle proportion est tout à fait inhabituelle dans les sanctuaires grecs. En revanche, de tels aménagements sont fréquents dans les palais du monde perse, où les escaliers de vastes dimensions participent à la mise en scène architecturale. Leur échelle démesurée souligne alors la puissance du dieu local aux yeux des hommes.

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"L'escalier monumental lors des fouilles de 1950"
Photo : Mission suédoise de Labraunda, 1950, tous droits réservés.

La taille de l'escalier est telle que, lorsqu'il a été mis au jour, les fouilleurs ont cru trouver le palais des Hékatomnides.

 

L’Andrôn de Mausole
L’andrôn de Mausole
L’andrôn d’Idrieus
L’andrôn C

Les bâtiments les plus emblématiques du site de Labraunda sont les trois andrônes (salles de banquet) situés au cœur du sanctuaire. Ces bâtiments sont exceptionnels non seulement par leur taille et par leur état de conservation mais aussi par leur architecture.

Construits principalement en gneiss, les andrônes A et B présentent à l'origine des façades de marbre mêlant les ordres dorique et ionique. Compte tenu de leur date de construction, au milieu du IVsiècle av. J.-C., cette mixité des ordres est absolument unique dans l’histoire de l’architecture antique et a souvent été mise sur le compte du caractère « barbare » des Cariens.

Cependant, selon les études les plus récentes, les Hékatomnides sont parfaitement au fait de l’architecture grecque canonique. Ces conceptions architecturales particulières traduisent donc davantage une tentative de renouveler un ordre établi et d'affirmer une identité stylistique qu’une méconnaissance des règles de construction du monde grec.

 

Le plan des bâtiments est, lui aussi, exceptionnel.

Le concept des salles de banquet est ancien et joue un rôle particulier dans l’organisation des rapports sociaux en Grèce. Privés ou publics, les andrônes y sont des lieux privilégiés d’échanges entre les différents membres de la communauté. 

Ces échanges se fondent sur le principe de l’égalité stricte : chaque participant, allongé sur son lit (klinè) et se tenant sur le coude gauche pour pouvoir se servir de la main droite, doit avoir un accès égal à la table disposée en face de lui. 

psl_psl-explore_scema_andron_classiqueCe principe dicte le plan caractéristique des andrônes : le décalage qui résulte de l’organisation des banquettes entraîne la position excentrée de la porte d’entrée (voir schéma).

psl_psl-explore_schema_andron_aOr, les plans des andrônes de Labraunda sont parfaitement symétriques, les portes restant sur l’axe central. Leurs concepteurs, les dynastes Mausole et Idrieus, ont donc sacrifié le caractère égalitaire de la salle de banquet « à la grecque ».

 

Selon toute vraisemblance, les banquets de la période hékatomnide suivent en effet une toute autre logique.

D’après le plan des andrônes de Labraunda, tous les convives sont tournés vers le fond de la pièce où est située une banquette plus imposante. Au-dessus de celle-ci, une grande niche est prévue pour recevoir une statue monumentale, probablement de Zeus lui-même. Cette disposition qui souligne l’importance du dîneur de la banquette centrale, objet de tous les regards, reflète une organisation hiérarchique très stricte. 

Sans aucun doute, cette mise en scène profite aux créateurs mêmes de ces andrônes, les dynastes Mausole (andrôn B) et Idrieus (andrôn A).

Ainsi, les banquets du IVsiècle av. J.-C. s’apparentent davantage, à Labraunda, à une réunion de vassaux, placés par ordre d’importance autour de la banquette du Roi. C’est ici un exemple parfait des nombreuses synthèses réalisées par les Hékatomnides, au carrefour des influences perses et grecques.

 

Dédicace architravale
Inscription d'Idrieus

À l'époque hellénistique et jusqu’à l’époque romaine, de grandes inscriptions gravées sur les architraves des bâtiments indiquent souvent la participation financière d'un notable à l’édification du bâtiment.

Par cette pratique, appelée évergétisme, de riches citoyens offrent au peuple l’embellissement de la ville et l'amélioration de son confort. Le commanditaire souligne ainsi son action « sociale » et sa puissance économique. Il renforce aussi, et surtout, son pouvoir politique, en développant une clientèle au sein de la population.

À Labraunda, la plupart des bâtiments portent de telles inscriptions. Les bâtiments sont dédiés à Zeus Labraundos, et non à la communauté. La grande majorité de ces inscriptions date de la transformation architecturale de Labraunda et du grand projet hékatomnide. Elles visent à mettre en valeur l’action des dynastes ou satrapes et à associer la figure de Zeus Labraundos à la symbolique du pouvoir local.

Les Stoai de Labraunda

Parmi les bâtiments spectaculaires de Labraunda se comptent aussi les stoai. Ces allées couvertes à colonnades encadrent les terrasses du site et en rythment la succession. D’une longueur dépassant souvent plusieurs dizaines de mètres, ces structures imposantes étaient si nombreuses que, pour certains auteurs modernes, Labraunda devait ressembler à une « forêt de colonnes ».

La construction de ces stoai est souvent financée par de riches donateurs, comme en témoigne la stoa Nord, sur la limite nord de la terrasse du temple.

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"Inscription de Poleites"
Photo : Mission suédoise de Labraunda, 1951, tous droits réservés.

D’abord érigée par Mausole, elle est reconstruite à l’époque romaine, entre les années 102 et 114 ap. J.-C. L’inscription de son architrave indique qu'elle a été financée par l’ancien prêtre Poleites :

«  Poleites, fils d’Aristeas, Korra, consacré par lui-même donne à l’occasion de la fin de son sacerdoce à l’Empereur Nerva Traianus César Augustus Germanicus Dacicus, au plus grand Dieu Zeus Labraundos et aux gens le stylobate fait de marbre blanc, les colonnes faites de marbre polychrome avec leur base et leur chapiteau et l’entablement fait de marbre situé au-dessus d’eux. »
Poleites

Dédicace au grammairien
Lettre d'Olympichos à Mylasa concernant le statut de Labraunda
Dédicace de Titus Flavius

À ce jour, plus de 130 textes gravés dans le marbre – décrets, copies de lettres émanant de chancelleries hellénistiques, dédicaces – ont été découverts au cours des fouilles du sanctuaire. Ces textes couvrent une période comprise entre la première moitié du IVe siècle av. J.-C. et la période byzantine. Ils nous renseignent sur l’histoire du site, notamment sur les bouleversements politiques que connut la région carienne.

Les dédicaces privées et honorifiques 

Outre les grands bâtiments tels qu'andrônes et stoai, d’autres édifices peuvent porter des dédicaces d’ordre plus personnel. Qu’elles soient gravées sur des statues, des stèles ou encore des exèdres (banquettes de conversation), ces dédicaces sont destinées à souligner la valeur d'une personne. Honorifiques, elles sont souvent placées à des endroits fortement stratégiques ou symboliques, lieux de réunion ou de passage du plus grand nombre. Elles peuvent être l’expression d’un commanditaire privé ou de la communauté, à destination d'un citoyen qui aurait fait preuve d’une bienveillance particulière à l’égard du peuple.

Les archives

Le site de Labraunda recèle un autre type d’inscriptions. Il s’agit des archives de la communauté de Mylasa ou de Labraunda, gravées sur les murs des bâtiments du site. Ces archives se composent souvent de règlements ou de textes de lois que la communauté souhaite afficher et présenter à la connaissance de tous.

Le plus bel ensemble d’archives conservées à Labraunda concerne le « Dossier Olympichos », du nom du gouverneur de la Carie à la haute période hellénistique. Il est constitué des copies d’un échange épistolaire entre la ville de Mylasa, les prêtres de Labraunda et Olympichos. Ce dossier nous renseigne sur les difficiles relations qu’entretiennent le sanctuaire de Labraunda et la ville voisine de Mylasa dans la seconde moitié du IIIe siècle av. J.-C.

Le sanctuaire reste donc, après la disparition de ses patrons hékatomnides, un lieu de pouvoir et de prestige.

 

 

Le Sanctuaire et l'eau

 

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"Fontaine de la voie sacrée"
Photo : Ali Konyali, 2009, tous droits réservés.

 

La plupart des textes anciens citant Labraunda évoquent la présence de bassins et de sources. Pline l’Ancien et Elien, notamment, rapportent l'existence de bassins où des anguilles parées de boucles d'oreilles et de colliers en or viendraient manger à la main. Cette particularité intrigante pourrait se rapporter à une forme d’oracle. Une chose est sûre : ces mentions témoignent de l’importance de l’élément aquatique dans le sanctuaire, et probablement du faste de celui-ci.


Ces témoignages ont donné naissance à une hypothèse, non confirmée, selon laquelle Labraunda pouvait être un sanctuaire des eaux sacrées. Le rocher qui surplombe le site abrite en effet lui-même une fontaine autour de laquelle le sanctuaire semble s’être développé. On trouve en outre plus de quarante sources aux alentours du sanctuaire, notamment le long de la voie sacrée qui reliait Mylasa à Labraunda. Elles permettaient aux voyageurs et pèlerins de se rafraîchir le long de leur trajet et certaines de ces fontaines sont encore aujourd’hui en usage, l’eau de Labraunda étant réputée pour ses vertus curatives.

 

La fontaine dorique
La fontaine dorique
La fontaine centrale monumentale
La fontaine hypostyle avant les fouilles

L'omniprésence de l'eau a également été mise à profit dans le programme architectural des Hékatomnides. Le sanctuaire de Labraunda compte en effet quatre fontaines monumentales, de trois types différents : une fontaine dite dorique, deux fontaine à colonnade, et une fontaine dite hypostyle, une structure unique dans le monde antique.

La fontaine dorique

Située à l'entrée du sanctuaire, la fontaine dorique est un petit bâtiment en marbre de forme carrée qui compte quatre colonnes doriques en façade. Sa construction remonterait au projet de monumentalisation du sanctuaire mené par les Hékatomnides : une inscription mentionne en effet Idrieus.

Remaniée à l’époque romaine, la fontaine est intégrée au complexe des bains Est. Un bassin occupe alors la moitié du bâtiment. Plus tard, en raison de sa proximité avec l’église Est, elle a peut-être servi de source d’eau pour les ablutions rituelles des chrétiens de l’époque byzantine.

La fontaine centrale à colonnade 

Encastrée dans un mur de terrasse soutenant le temple de Zeus, la fontaine centrale à colonnade présente trois colonnes basses, en gneiss, couronnées de chapiteaux doriques simples en marbre. Entre les colonnes se trouve une barrière basse qui protège le bassin. Les murs de soutènement du bassin ayant été construits selon les techniques en vigueur au IVe siècle av. J.-C., la fontaine fait probablement aussi partie du programme architectural des Hékatomnides.

La fontaine hypostyle

Au sud-est du sanctuaire délimité par le mur de temenos, donc en retrait de la zone sacrée, se trouve un bâtiment longtemps resté énigmatique.

Lors de sa découverte et jusqu'aux fouilles, l’édifice en ruines présente trois rangées de colonnes en gneiss qui émergent d’un enchevêtrement de blocs où on peut distinguer des architraves, des frises et des chapiteaux doriques. La construction évoque la forme d’un bassin et semble faire écho aux témoignages de Pline et d’Elien sur la présence de bassins à anguilles parées d’or à Labraunda.

 

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Les fouilles, entamées en 2013, ont permis de préciser la fonction et la datation de la mystérieuse structure. Il s’agit bien d’une fontaine monumentale, qui abritait un bassin de vastes dimensions, traversé d’une rangée de colonnes. Sa construction remonte à la fin du IVsiècle av. J.-C., probablement à l'initiative de la dynastie hékatomnide.


"Schéma de la fontaine hypostyle"
Brown University Labraunda Project, 2016, tous droits réservés.

 

Le Tétraconque
Les Bains Est
Le Tétraconque
Les bains Sud

La période romaine se caractérise à Labraunda par l’installation de plusieurs complexes balnéaires, favorisée par l’abondance d’eau.

À ce jour, on ne compte pas moins de trois bains différents, construits à l’époque impériale, entre le milieu du Ier siècle ap. J.-C. et le IVe siècle ap. J. -C.

À cette époque, les constructions thermales se multiplient à travers l’Empire, qu’elles soient de dimensions monumentales ou plus modestes. Elles peuvent être privées ou publiques, offertes par un riche commanditaire à l’usage du peuple, selon la pratique de l'évergétisme.

Si la création de ces bains a entièrement transformé la physionomie du sanctuaire, l’implantation de ces nouveaux bâtiments s’est néanmoins effectuée dans le respect scrupuleux des constructions plus anciennes, s’intégrant parfaitement au plan dessiné au IVe siècle av. J.-C.

Bains Est 

Le plus ancien complexe thermal de Labraunda est public. Au milieu du Ier siècle ap. J.-C., Claudius Menelaus dédie « aux Augustes, à Zeus Labraundos et au Peuple » la construction d’un établissement balnéaire. Le complexe comprend un tepidarium (salle tiède) et un caldarium (salle chaude), des espaces de circulation et une chaufferie, le praefurnium. Un système de sol suspendu et de parois creuses permet à l’air chauffé de se diffuser harmonieusement dans cet ensemble.

Bains à tétraconque 

Les bains à tétraconque doivent leur nom à la forme particulière de la structure constituée de quatre absides en fer à cheval. La présence d’un hypocauste (système de chauffage du sol) indique qu’il s’agit de la partie chaude d’un complexe balnéaire datant de la fin de la période romaine. Ses dimensions modestes laissent supposer qu’il s'agit d’un établissement privé, dont l’étendue reste à découvrir.

Vers la fin du Ve siècle ou au début du VIe siècle, l’hypocauste est remblayé et le bâtiment réoccupé jusqu’au XIIe siècle. La fonction alors dévolue au bâtiment demeure inconnue mais pourrait avoir un rapport avec l’église Ouest, toute proche.

Bains Sud 

Les bains Sud sont situés au contact de l’andrôn C. Bien qu’ils n’aient jamais été fouillés, le matériel récolté au cours de sondages ponctuels indique une période de construction autour du milieu du IIe siècle ap. J.-C. Il semble, par ailleurs, que l’état de conservation des vestiges soit exceptionnel avec plusieurs mètres d’élévation conservés sous terre.

D'après les vestiges visibles, les bains Sud forment l’ensemble architectural le plus imposant du site de Labraunda avec une surface de près de 1000 m2  !

 

Le Monde funéraire

 

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"La tombe monumentale"
Photo : Ali Konyali, 2009, tous droits réservés.

 

Une des particularités du sanctuaire de Labraunda est d’être entouré d’une vaste nécropole. Si les sources littéraires mentionnent la présence d’un village, celle-ci ne suffit pas à expliquer l’existence de plusieurs centaines de tombes et la monumentalité de certaines. Il fallait donc que le sanctuaire exerce une forte attraction pour que s’y développe une telle nécropole.

Malgré l’inévitable déprédation liée aux pilleurs de tombes, plus d’une centaine de sépultures, dont certaines retrouvées intactes, ont été étudiées au cours de ces dernières années par les équipes d'archéologues sur place.

Ces tombes, qui témoignent d'une longue période d'occupation de la nécropole (IVsiècle av. J.-C. - IVsiècle ap. J.-C.), permettent de dessiner à grands traits l'évolution des coutumes funéraires cariennes et leur profonde transformation, notamment au cours de la période hellénistique (330 à 27 av. J.-C.).

 

Tombe rupestre simple
Sarcophage rupestre

Jusqu'à la première moitié du IVe siècle av. J.-C., les tombes sont particulièrement discrètes, creusées dans le sol rocheux et invisibles aux passants.

À compter de la période hellénistique, les tombes se monumentalisent, avec l’apparition des « sarcophages rupestres ». Les sarcophages sont aménagés au sommet de rochers et fermés par un grand couvercle monolithe. Ces tombes sont très clairement visibles dans le paysage et ont de toute évidence vocation à être remarquées.

Les fouilles indiquent qu’il s’agit de tombes familiales, occupées et réoccupées pendant des générations, parfois sur plusieurs siècles. Il semble donc s'agir de la marque d’une nouvelle conception des rapports entre le monde des vivants et celui des morts. La tombe gagne en importance, sur le plan architectural, mais aussi, probablement, en signification dans le panthéon familial.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si de nombreuses inscriptions datées de la même époque et découvertes dans la région de Mylasa révèlent l’apparition de nouvelles divinités, les Daimones Agathoi (les bons génies) qui semblent être associés aux membres disparus d’une famille. Ces derniers, en passant de vie à trépas, se transforment ainsi en génies protecteurs familiaux.

 

La tombe souterraine en marbre

À quelques kilomètres au sud de Labraunda, les recherches archéologiques ont permis de mettre au jour une très belle tombe souterraine. Composée d’un vestibule et d'une chambre funéraire, la tombe est entièrement construite en marbre.

Son architecture est typique de la période hékatomnide : elle marque la transition entre des modèles locaux de construction en bois et l’architecture monumentale grecque en marbre. Des techniques architecturales typiques de la construction en bois (les poutres du plafond par exemple) sont ainsi appliquées au marbre.

Les fouilles ont démontré la longévité exceptionnelle de telles structures : dans le cas présent, la tombe est construite au milieu du IVe siècle av. J.-C. par un grand propriétaire terrien, dont la famille a utilisé la chambre funéraire jusqu’au VIe siècle ap. J.-C.

 

La tombe monumentale
La tombe monumentale

Le sanctuaire de Labraunda est dominé par une tombe monumentale exceptionnelle.

La tombe se compose d’un grand podium à deux niveaux. Au niveau inférieur, une cour mène à l’espace funéraire constitué d’une antichambre et d’une chambre, où sont disposés trois imposants sarcophages en gneiss. À l'étage supérieur, une seule grande pièce comprend une porte placée à plus de 3,5 mètres de hauteur. La cour du niveau inférieur est donc remblayée une fois le défunt placé dans la chambre funéraire.

Le podium est à l'origine surmonté d’une superstructure, aujourd’hui détruite, mais dont les éléments architecturaux sont encore visibles en contrebas. Au pied de la tombe, un autel monumental en forme de U servait à célébrer le culte funéraire dédié à l’occupant.

La date ainsi que l’identité du propriétaire de cette tombe restent mystérieuses. Aucun matériel associé n’a pu être mis au jour dans le podium de la tombe, pillée de longue date. La technique de construction évoque celle mise en œuvre pour les andrônes, mais certains détails semblent indiquer une date légèrement antérieure à ces derniers.

Selon l'hypothèse aujourd’hui en cours, la construction du podium remonterait au tout début de la période hékatomnide (fin du Ve – début du IVe siècle av. J.-C.) mais l'autel et la superstructure dateraient quant à eux du IIIe siècle av. J.-C.

Ces éléments correspondent donc à une phase de rénovation et d’embellissement de la tombe, plus tardive. Ces transformations qui tendent à monumentaliser la tombe participent probablement de la création d'un grand culte funéraire.

L'édifice s'inscrit visiblement dans la lignée du fameux mausolée d'Halikarnasse et pourrait lui aussi avoir abrité un représentant de la dynastie hékatomnide.

Quoi qu'il en soit, la tombe monumentale de Labraunda est loin d'avoir livré tous ses secrets.

 

Une Histoire de la recherche à Labraunda

 

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"L'andrôn A en 1948"
Mission suédoise de Labraunda,1948, tous droits réservés.

 

« Labraunda regorge de possibilités en vue de l'élucidation de la culture carienne, jusqu'ici quasi inconnue, ainsi que, je l'espère, des connections de celle-ci avec la culture minoenne . »
Axel W. Persson

Lorsqu'il prononce ces mots en 1948 devant l’Académie Royale de Suède, le professeur suédois d'archéologie classique Axel W. Persson se fait l'écho de l’attraction exercée par Labraunda sur les scientifiques du monde entier, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.

 

Temple de Jupiter à Labranda
Temple à Labraunda

L’existence de Labraunda est connue de très longue date : elle est mentionnée par nombre d'auteurs anciens parmi lesquels Hérodote, Strabon, Pline, Elien et Plutarque. Pourtant, les savants modernes n’ont redécouvert le site qu’au XIXe siècle.

C’est un Français, Philippe Le Bas, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, qui mène les premiers travaux de relevés sur le site. Mandaté par le ministre de l’instruction publique pour mener une expédition épigraphique en Grèce et en Asie Mineure, Philippe Le Bas visite le site de Labraunda le 17 mars 1844.

Un extrait d’un courrier, publié dans La Revue Indépendante, révèle la fascination que le sanctuaire exerce sur le savant :

« J’avais enfin rencontré l’objet de mes fatigantes recherches : j’étais bien à Labranda. Strabon dit que le temple de Jupiter Stratius, dans ce lieu, était fort ancien. Tout, dans les ruines [...] annonce une haute antiquité. Il ne ressemble en rien à tous ceux que j’ai vus jusqu’à ce jour . »
Philippe Le Bas, La Revue Indépendante, mai-juin 1844

Malgré cette première approche, ce n'est qu'à l’aube du XXe siècle que les projets d'une éventuelle investigation archéologique du site se précisent. Une compétition féroce s'engage alors entre le Suédois Axel W. Persson et le Français Alfred Laumonier pour obtenir le droit de mener des fouilles à Labraunda.

En 1932, dans un long courrier adressé au directeur de l’Institut Français d’Archéologie d’Istanbul, Laumonier souligne « l’intérêt considérable [de mener des fouilles à Labraunda] pour l’histoire des religions et de la civilisation indigène encore si mystérieuse ».

C'est pourtant Persson qui l'emporte : on lui doit la première opération de fouilles en 1948.

 

L’équipe de fouille de 1948
Carnet de fouilles de 1953
Pontus Hellström

En 1948, Axel W. Persson, spécialiste de l’âge du Bronze en Grèce, suppose l'existence de liens entre les cultures carienne et crétoise de l'âge du Bronze. Il est persuadé de trouver à Labraunda les éléments manquant pour déchiffrer le « linéaire B », une écriture mycénienne découverte en Grèce continentale et en Crète.

Ces premières campagnes permettent de mettre au jour de nombreux édifices du cœur du sanctuaire : temple, andrônes, stoaimais les découvertes restent insuffisantes pour confirmer les hypothèses du professeur. Son décès marque une rupture dans le processus de fouilles : les campagnes s’espacent, le site finit par être remis aux autorités turques.

 

Cependant, à la suite de la publication de l’ensemble des rapports de fouilles, de nombreux chercheurs réclament de nouvelles campagnes afin de dégager complètement les bâtiments et d'approfondir leur étude.

Les opérations reprennent et s’intensifient à partir de 1987. Conduites par le professeur Pontus Hellström, les expéditions apportent des éléments décisifs notamment pour la connaissance du temple de Zeus, de l'andrôn B et de la stoa Est.

 

En 2002, après une ultime pause de huit années, les opérations reprennent sous la direction de Pontus Hellström, d’abord, puis du professeur Lars Karlsson en 2004. C'est une étape cruciale. En effet, alors que l’essentiel des efforts s’étaient concentrés jusqu’ici sur l’espace délimité par le ​temenos​, Lars Karlsson décide d’élargir les investigations à la fois géographiquement, aux alentours immédiats du sanctuaire, et chronologiquement, en incluant notamment la période byzantine.

Cette démarche prend en compte la longévité exceptionnelle du site et son inscription dans un réseau dense d'occupation du sol. Elle permet par exemple l’étude de la nécropole, des bains et des églises de la fin de l’époque romaine.

Depuis 2012, et à la suite de Lars Karlsson, les fouilles de Labraunda sont placées sous la direction d’Olivier Henry (ENS-AOROC, PSL).

 

Les Bains Est
Une collection de céramiques de Labraunda
Fouilles des bains Est
L’église Est

Afin de privilégier une approche globale du site, Olivier Henry met en place une équipe internationale de plus de 45 intervenants originaires de 10 pays. Il ne s’agit plus seulement d’aborder les bâtiments les uns après les autres, mais aussi de les mettre en perspective, selon de grands axes d'étude transversaux, parmi lesquels la présence et la gestion de l'eau par exemple.

Au cours des dernières années, les champs d’étude se sont élargis grâce à de nouvelles approches techniques telles que l’archéométrie ou l’étude physico-chimique du matériel mis au jour.

 

Parallèlement, à la demande des autorités locales, la nouvelle équipe met aussi l’accent sur des opérations de conservation, protection, restauration, et de mise en valeur du site.

La restauration couvre aussi bien le « petit » matériel (céramique, objets en métal, monnaies) que des éléments d’architecture (inscriptions, colonnes, etc.), ou les bâtiments eux-mêmes.

 

La direction des fouilles s’est aussi attachée à développer la logistique de la recherche, sur un site qui, éloigné de plus de 15 km de la ville la plus proche, n’offre que peu de commodités. Ces dernières années ont donc vu l’acquisition de nouvelles maisons de fouille, ainsi que la construction sur le site de véritables laboratoires de recherche.

Après plus de 65 années de fouilles, il importe également de renouer un lien avec les autorités et les publics locaux. De nombreuses actions de sensibilisation sont menées chaque année et des accords de collaboration ont été signés avec plusieurs universités locales.

 

Enfin, la mission française à Labraunda se targue d’avoir pu réunir de nombreux soutiens financiers, institutionnels comme privés, français autant qu’étrangers. La fouille de Labraunda a, entre autres, obtenu le label de l’Académie Française pour l’année 2016.

Chronologie

 

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Cliquer ici pour découvrir la chronologie.

 

 

 

 

Plan interactif

 

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Lexique

 

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Abside : Partie saillante en demi-cercle d'un bâtiment recouverte d'une voûte.

Acrotère : Ornement sculpté ou moulé fixé aux angles des frontons d’un temple, d’un andrôn, mais aussi aux angles supérieurs d’un autel ou d’un sarcophage.

 

"Architrave romaine"
Ali Konyali, 2009, tous droits réservés.

 

 

Âge du bronze : Période de la protohistoire et de l'histoire caractérisée par l'usage important du bronze. Dans la région de la mer Égée, et en particulier en Anatolie, l'âge du bronze commence avant le Vmillénaire et je prolonge jusqu'aux alentours de 700 avant J. C.

Andrôn/Andron : Salle de banquet ou de réception réservée aux hommes, dans des sanctuaires ou dans des maisons. En savoir plus.

Ante (plur. antes) : Extrémité d’un mur, qui se distingue par un chapiteau d’un type particulier le plus souvent sur un pilastre.

Apodyterium : Salle de vestiaire des bains romains.

Archaïque : Période allant d’environ 700 à 480 av. J.-C.

Archéométrie : Discipline rassemblant différentes méthodes physiques et chimiques appliquées aux études archéologiques (sédimentologie, botanique, archéozoologie, anthropologie, etc.).

Architrave : Partie inférieure de l’entablement, posée sur des supports verticaux du type colonnes ou piliers. L’architrave dorique est généralement lisse, contrairement à l’architrave ionique qui possède des fasces.

Byzantine (époque) : Période allant du IVe siècle au XVe siècle ap. J.-C.

Caldarium : Pièce chaude dans les bains romains.

Carie : Région du sud-ouest de l’Anatolie, au sud du fleuve Méandre, et à l’ouest de la rivière Indos (rivière Dalaman).

Chapiteau : Partie supérieure sculptée couronnant les colonnes ou les pilastres

Classique : Période comprise entre 480 et 330 av. J.-C.

Colonnade : Rangée de colonnes.

Corinthien : Ordre architectural particulièrement caractérisé par des chapiteaux richement décorés avec des feuilles d’acanthe.

Cryptoportique : Portique partiellement enterré et soutenant un bâtiment.

 

Distyle : À deux colonnes (généralement en façade).psl_psl-explore_labraunda_lexique_chapiteau

Dorique : Ordre architectural caractérisé par une colonne à chapiteau circulaire sans décor, une architrave lisse avec une bande étroite au sommet, une frise alternée de triglyphes et de métopes, et un geison (ou corniche) sculpté de gouttes.

Double hache : Hache à deux côtés tranchants.

Entablement : Au-dessus des colonnes, c’est la partie qui superpose l’architrave, la frise et la corniche.

Évergétisme : Pratique sociale qui permettait de redistribuer les richesses au sein d’une communauté par des dons accordés par de riches notables. Ces dons pouvaient prendre différentes formes, de l’approvisionnement en nourriture à l’édification de bâtiments ou à l’organisation de jeux (particulièrement à l’époque romaine).

"Chapiteau corinthien"
Ali Konyali, 2009, tous droits réservés.

 

Exèdre : Alcôve semi-circulaire ou rectangulaire dotée d’une banquette.

Frigidarium : Salle froide des bains romains.

Fronton : Sur le petit côté d’un monument dont le toit est en double pente, c’est l’espace triangulaire limité par deux corniches rampantes et une corniche horizontale.

Fût : Partie verticale d’une colonne comprise entre sa base et son chapiteau.

Hékatomnide : Dynastie carienne fondée par Hékatomnos, qui fut suivi par ses trois fils, Mausole, Idrieus et Pixodaros, et ses deux filles Artemisa et Ada.

Hellénistique : Période datant de 330 à 27 av. J.-C.

Hittites : Peuple occupant l'Anatolie centrale entre le XIXsiècle au XIIe siècle av. J.-C.

Hypocauste : Espace en briques sous le plancher d’un bâtiment où la chaleur circule pour chauffer une pièce ou un bain.

Hypostyle : Un édifice hypostyle est un bâtiment couvert dont le plafond est soutenu par des colonnes.

In antis : Se dit d’un édifice dont des murs latéraux encadrent des colonnes et se terminent par des antes.

In situ : Sur place, à son emplacement original, qui n’a pas été déplacé.

Ionique : Ordre architectural caractérisé par un chapiteau à volutes, une architrave divisée en deux ou trois bandes (fasces), des denticules et une corniche (geison) simple

Klinè : Lit de banquet, situé dans les andrônes ou dans les oikoi, le long des murs.

Mausolée ou Maussolleion : «  La tombe de Mausole  », le Mausolée original était sa tombe monumentale à Halikarnasse (Bodrum), l’une des sept merveilles du monde du monde antique, dans lequel il a été inhumé en 352 av. J.-C.

Métope : Dans l’ordre dorique, plaque rectangulaire insérée entre deux triglyphes.

Minoens : La civilisation minoenne s'est développée en Crète et à Santorin, en Grèce, de 2700 à 1200 av. J.-C.


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Mylasa : Ancien nom de la ville moderne de Milas, elle fut la première capitale carienne sous Hékatomnos, avant d’être détrônée par Halikarnasse sous l’autorité de Mausole

Oikos (plur. Oikoi) : « la maison », s’applique par extension à tout bâtiment modeste ou pièce rectangulaire.


"Chapiteau d'ante"
Photo : Ali Konyali, 2009, tous droits réservés.

 

 

Opisthodome : Pièce située à l’arrière de la cella (ou naos) d’un temple et ouverte vers l’extérieur. Le pronaos est son pendant à l’avant du temple.

Oracle : Prophétie ou message divin, désigne également le lieu où les prophéties étaient annoncées par les prêtres.

Périptère : Qualifie un bâtiment entouré d’une colonnade sur ses quatre faces.

Portique (ou stoa) : L’ensemble formé par une colonnade devant un mur de fond sous une couverture. Il peut s’agir d’un édifice indépendant ou d’une partie d’un édifice. En savoir plus.

Praefurnium : Salle recevant le système de chauffage dans les bains romains.

Propylées (ou Propylon) : Entrée monumentale d’un sanctuaire.

Satrape : L’Empire Perse était divisé en régions administratives appelées les satrapies. Le Grand Roi Perse plaçait à la tête de chacune de ces satrapies un gouverneur en charge d’assurer la gestion de la gestion et de collecter l’impôt, le Satrape.

Sphinx : Animal mythique avec une tête humaine sur un corps de lion ailé.

Stoa : Voir "portique". En savoir plus.

Stylobate : alignement de blocs supportant une colonnade.

Temenos : À l’origine, espace découpé pour être consacré à la divinité. Il désigne une enceinte qui permet de séparer un sanctuaire et sa terre sacrée de l’extérieur. 

Tepidarium : Salle tiède des bains romains.

Triglyphe : Partie d’ornement d’une frise dorique alternant triglyphes et métopes ; chaque triglyphe se compose de trois cannelures parallèles et verticales.

 

À propos

À propos

Cette exposition virtuelle a été conçue comme le prolongement de l’exposition photographique organisée à l'École normale supérieure du 26 octobre au 26 novembre 2015. 93 clichés photographiques réalisés par Ali Konyali mettaient en parallèle les vestiges antiques de Labraunda et l’habitat moderne et traditionnel des montagnes de la région du Comakdag, en Turquie. Il s’agissait de la version la plus étendue de cette exposition, montée plusieurs fois en Turquie et en Europe depuis 2010.

Le projet d’exposition virtuelle ici réalisé est complémentaire de cette approche visuelle, en accord avec les missions de PSL-Explore, site des ressources et savoirs de l’Université Paris Sciences et Lettres. Cette exposition propose ainsi une double approche : c’est à la fois le contexte historique et le travail archéologique qui est mis en avant, afin de présenter un état de la recherche et des connaissances sur Labraunda.

En accord avec cette mission de valorisation du savoir en cours de constitution, cette exposition propose donc d’épouser l’approche transversale qui est actuellement celle des chercheurs, via des grandes thématiques qui peuvent être suivies comme des parcours indépendants.

Pour s’adresser à tous les publics de PSL, des novices aux spécialistes du domaines, l'exposition peut être abordée à trois niveaux. Le plan interactif et la chronologie permettent une approche en un coup d’œil, qui peut être approfondie en parcourant les rubriques thématiques, tandis que les images qui s’ouvrent en visionneuse permettent aux publics intéressés de s’approcher au plus près des vestiges et des détails techniques.

 

Crédits de l’exposition virtuelle

Commissariat : Olivier Henry

Photographies : Ali Konyali, Olivier Henry, Pontus Hellström, Mission suédoise de Labraunda

Rédaction et réalisation : Élisa Thomas

Coordination éditoriale : Annael Le Poullennec

Avec l’aide de la Directrice et de l’équipe des Ressources et Savoirs de PSL.

 

Remerciements

Le Laboratoire Archéologie d’Orient et d’Occident (AOROC, CNRS-UMR 8546) et son directeur, Stéphane Verger

Jean-François Perouse, directeur de l’IFEA

Martin Godon, pensionnaire scientifique en charge de l’archéologie à l’IFEA

Hélène Chaudoreille, directrice des Ressources et savoirs de PSL

Véronique Prouvost, directrice de la Communication de l’ENS

Pontus Hellström, Professeur émérite, Université d’Uppsala

Ministère Français des Affaires Etrangères et du Développement International

Institut Français d’Etudes Anatoliennes (IFEA, CNRS-USR 3131)

Ministère Turc de la Culture et du Tourisme

Service de la Culture et de l’Information de l’Ambassade de Turquie

Guillaume Gorgé, imprimerie Mély-Melloni (27, rue Monge 75005 Paris)

Images reproduites avec l’aimable autorisation du British Museum (British Museum Images), wildwinds.com et Gemini III auction (Harlan J Berk and Freeman & Sear).

Bibliographie

Ouvrages généralistes

F. Kuzucu & M. Ural (dir.), Mylasa Labraunda - Milas Çomakdağ, Istanbul, 2010.

L. Karlsson & S. Carlsson (dir.), Labraunda and Karia. Proceedings of the International Symposium Commemorating Sixty Years of Swedish Archaeological Work in Labraunda (Boreas 32).The Royal Swedish Academy of Letters History and Antiquities, Stockholm, nov. 20-21 2008), Uppsala 2011.

P. Hellström, A guide to the Karian Sanctuary of Zeus Labraundos, Istanbul 2007.

O. Henry, Tombes de Carie : architecture funéraire et culture carienne, VIe-IIe s. av. J.-C., PUR, 2009.

L. Karlsson, S. Carlsson & J. Blid Kullberg (dir.), Labrys : studies presented to Pontus Hellström [Boreas 35], Uppsala, 2014.

Publication web : le site de l'équipe d'archéologues de Labraunda, disponible en anglais, français et turc : www.labraunda.org.

 

Publications scientifiques

O. Henry & D. Aubriet, “Le territoire de Mylasa et le serment d’Olympichos : autour d’une nouvelle inscription découverte au sanctuaire de Zeus Labraundos en Carie”, CRAI 2015, II, 673-702.

P. Hellström, "The Andrones at Labraynda. Dining halls for Protohellenistic kings", Basileia. Die Paläste der Hellenistischen Könige (dir. W. Hoepfner & G. Brands), Mainz 1996, 164- 169.

L. Karlsson, "Thoughts about fortifications in Caria from Maussollos to Demetrios Poliorketes", in Fortifications et défense du territoire en Asie Mineure occidentale et méridionale. Table ronde CNRS, Istanbul 20-27 mai 1993 (Revue des Etudes anciennes 96, 1994), 141-153.

P. Liljenstolpe & P. Schmalensee, "The Roman stoa of Poleites at Labraynda. A report on its architecture", Opuscula Atheniensia 21, 1996, 125-148.

Série Excavations and research at Labraunda, volumes I-IV, Lund, Stockholm, Istambul, 1955-2016.

 

Sources anciennes

Hérodote, Histoire, trad. P.-H. Larcher, éd. Charpentier, Paris, 1855. [V.119-121]

Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XXXII, trad. E. de Saint-Denis, Paris, Les Belles lettres, Paris, 1966.  [XXXII.7]

Elien de Prénestre, La personnalité des animaux. Livres X à XVII et index, trad. A. Zucker, Postface de J.-C. Bailly, Les Belles lettres, 2002. [XII.30]