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La médiation, entre production et partage des savoirs

Entre recherche et communication scientifiques, les initiatives de l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes (ESPCI Paris – PSL) cherchent à dissoudre la frontière artificielle qui sépare production et partage de savoirs. Matteo Merzagora, son directeur, évoque pour PSL-Explore les stratégies déployées pour réconcilier ces deux aspects dans les événements de médiation scientifique pour le grand public.

 

Recherche ou communication ? Les deux !

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Redéfinir les relations entre production et partage des savoirs est, aujourd’hui, un enjeu fondamental de la culture scientifique et technique ainsi que des institutions qui y sont dédiées. L’objectif est le suivant : sortir d’un modèle où ces deux moments sont clairement séparés pour inventer des pratiques de médiation où recherche et communication sont intimement liées.

Autrement dit : hier, la tendance était à des rencontres entre scientifiques et public où le-la scientifique était invité-e pour ce qu’il-elle savait (donc en tant qu’expert-e), et le public pour ce qu’il ne savait pas (donc en tant qu’élève). Aujourd’hui, il faut travailler à concevoir et mettre en œuvre des actions où le-la scientifique est invité-e aussi pour ce qu’il-elle ne sait pas (donc en tant que chercheur), et le public aussi pour ce qu’il sait (donc en tant que citoyen). 

Image : L’exposition participative “La science : une histoire d’humour” à l’ESPGG. Crédit : ESPGG.

 

Des barbiers de Rio aux Living labs

Les origines de cette tendance sont très diverses. On les retrouve dans la notion de tiers lieux (du barbier brésilien aux espaces de co-working), ces espaces qui dessinent une continuité entre lieux de travail, de vie privée, et de loisirs ; dans la communication 2.0 ou l’économie de la fonctionnalité, qui remettent en question les distinctions entre auteur et lecteur/public ou entre producteur et consommateur ; dans le concept d’innovation ouverte, dans la montée culturelle des pratiques makers et DIY*, ou encore dans la démocratie participative.

Aujourd’hui, cette tendance est en cours d’expérimentation dans les lieux de recherche et de culture scientifique. Ce n’est pas un hasard si des établissements de recherche comme Trinity College à Dublin, et bientôt King’s College à Londres et le Indian Institute of Science à Bangalore décident d’investir dans une Science Gallery. Celle-ci se présente comme un véritable accélérateur d’idées (« idea collider ») qui fait référence depuis 10 ans dans le milieu de la culture scientifique et concentre sa mission sur le fait d’être conjointement un lieu de production et de partage.

 

 

 

 

 

 

 

 

À gauche : Une vidéo illustrant le projet de Science Gallery International. À droite : Une expérience d’exposition - living lab réalisé à Le Dome de Caen dans le cadre du projet Inmediats

Inversement, un des plus grands centres de sciences interactifs d’Europe, le Kopernik à Varsovie, vient d’obtenir le statut officiel d’établissement de recherche scientifique, en plus d’être un lieu d’éducation et de culture. Cette tendance s’incarne aussi dans la mouvance des Living labs*, qui est en train de dépasser les frontières de l’open innovation* pour tester des incursions dans le milieu de la culture : ce parcours est très bien illustré par le projet français Inmédiats, et en cours d’expérimentation dans des lieux comme Le Dôme à Caen, la Cité des Sciences à Paris, La Casemate à Grenoble, le Quai des Savoirs à Toulouse… et bien sûr l’ESPGG à PSL. 

 

Un cas d’étude : la Grande Expérience Participative

La Grande Expérience Participative (GEP) est l’une des actions menées dans le cadre de la Nuit Européenne des Chercheurs. Après une première édition en 2015, elle sera reconduite cette année grâce au soutien de l’Union Européenne. L’appel à proposition sera lancé le 30 septembre à l’ESPGG lors de l’édition 2016 de la Nuit (et disponible sur le site de la Nuit Européenne des Chercheurs dès lors). Le principe est simple. En réponse à cet appel, chaque laboratoire de recherche pourra proposer une expérience, pourvu que celle-ci soit solide scientifiquement et s’appuie sur la participation simultanée de 10 000 citoyens dans 11 villes françaises. L’expérience sélectionnée en 2016 sera donc préparée pendant un an et réalisée à l’occasion de la Nuit Européenne des Chercheurs suivante, en 2017.

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Il s’agit conjointement d’une opération de recherche et de communication, présentant autant d’intérêt pour les scientifiques, qui feront leur travail de chercheurs - malgré des conditions inhabituelles - que pour le public, qui pourra apprendre et partager tout en contribuant activement à la recherche.

Il y a là aussi manière à montrer au public le cheminement d’une expérience scientifique, qui, partie d’une idée, doit trouver des financements (l’appel), développer son protocole, puis être exécutée dans les 11 villes en appliquant un protocole identique, avant d’être analysée, présentée dans des colloques et, enfin, publiée. Les chercheurs s’engagent à raconter toutes ces étapes au public de la Nuit Européenne des Chercheurs, à travers un blog, pendant un an ou jusqu’à la publication des résultats (si tout va bien !). 

Image : Dialogues entre chercheurs et public lors de la Nuit Européenne des Chercheurs 2015. Crédit: ESPGG.

 

GEP 2015 : les biens communs

En 2015, un consortium de laboratoires, mené par Angela Sutan de l’Université de Dijon, a été choisi pour réaliser une expérience d’économie expérimentale. Des milliers de citoyens ont participé, la même nuit, à cette expérience visant à étudier les comportements mobilisés dans la gestion des biens communs. Cela leur a permis de découvrir cette discipline scientifique, de rencontrer des chercheurs, d’échanger avec eux et avec d’autres citoyens. Les données récoltées sont en cours d’analyse par les chercheurs, mais un premier article issu de cette expérience a déjà été publié (voir bibliographie ci-dessous).

Angela Sutan explique que cette expérience scientifique est signifiante par ses objectifs eux-mêmes : analyser les prises de décisions portant sur l’exploitation d’un bien commun épuisable, et comparer les résultats selon l’âge et le genre des participants ou le type de ressources (locale ou nationale), mais aussi en raison du dispositif qui permet à la fois l’implication du public et le renforcement de la communauté des expérimentalistes.

Si le clin d’œil est évident, la Grande Expérience Participative ne s’inscrit pas nécessairement dans la mouvance de la Citizen science (science citoyenne*) : il s’agit plutôt d’une opération de culture scientifique, tout à la fois sérieuse et ludique, qui essaie de contribuer à une évolution de la relation au savoir dans la société de la connaissance

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

 

 

 

 

 

    Vidéo : Retours de l'expérience d'Angela Sutan.

 

Et à PSL ?

En raison de sa nature de research university interdisciplinaire, PSL a l’opportunité de réfléchir à cette dynamique joignant création et diffusion du savoir scientifique, et de proposer des formules mêlant science et communication, portés par son espace de mise en culture des sciences – l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes, géré par l’association Traces – et par PSL-Explore. Outre la Nuit Européenne des Chercheurs, plusieurs initiatives de l’ESPGG présentent des modèles à cheval sur production et partage des savoirs.

psl_psl-explore_focus_diffusion_savoirs_science_humourAinsi, en 2014, l’ESPGG a ouvert une exposition vide, intitulée « La science, une histoire d’humour » dans laquelle chaque visiteur (chercheur ou non) a pu amener coupures de presse humoristiques, BD, anecdotes, ainsi que toutes sortes de blagues, décrochées d’un frigo ou d’une porte de labo, extraites de power-points de conférences ou téléchargées sur des blogs.  Cette exposition expérimentale a permis, en analysant la manière dont chercheurs, dessinateurs, comédiens ou écrivains utilisent l’humour pour donner une image de la science, d’explorer les manières dont la science se pense, et dont la société réfléchit à la science, en positionnant l’humour comme instrument d’investigation.

Le principe participatif de ce dispositif a été repris dans l’exposition « Anosmie » : les photos et portraits de personnes privées de l'odorat qui formaient la base de l’exposition se sont enrichis de témoignages personnels des visiteurs, mêlant ainsi savoirs scientifiques produits par la recherche et savoirs citoyens produits par l’expérience quotidienne.

psl-psl-explore_focus_diffusion_savoirs_science_humour_2Prévue fin 2017, l’exposition-forum « Science Frugale » visera quant à elle à explorer la zone d’interface entre recherche scientifique, culture maker et coopération internationale, en mobilisant la créativité des chercheurs et élèves des établissements de PSL et d’ailleurs, à la recherche d’idées pour faire de la belle science à moindre coût. Comment construire un microscope en carton ? Un spectromètre en impression 3D ? Une expérience de physique ou de science cognitive en utilisant son smartphone plutôt qu’un labo ? Voici un aperçu des projets mêlant recherche, éducation et médiation, que le public pourra y découvrir.

L’exposition ne se contentera pas de présenter une galerie des projets et prototypes. Elle prévoit aussi la construction d'objets sur place, pour mieux en explorer la portée sur les publics, au fur et à mesure des ateliers, des débats, des évènements, ou encore des soirées, afin de faire se rejoindre production et partage des connaissances.

Images : L’exposition participative “La science : une histoire d’humour” à l’ESPGG. Crédit: ESPGG.

En attendant ces nouvelles formes et réflexions, rendez-vous à l’ESPGG - ESPCI Paris - PSL (10, rue Vauquelin, Paris 5ème) pour une Nuit Européenne des Chercheurs mêlant la science, l’art, le jeu et les débats, le 30 Septembre 2016 à partir de 18h30. 

 

Lexique et bibliographie

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Citizen science/science citoyenne : activités de recherche scientifique comprenant une participation active des citoyens qui contribuent un apport de connaissances, d'outils ou de ressources.

Living lab : Le Living Lab est une approche qui considère le grand public (citoyens, habitants ou usagers) comme un acteur de la recherche et de l’innovation. Cette collaboration de publics hétérogènes vise à favoriser les découvertes innovantes et permet donc à la population d’accéder aux enjeux et d’influer sur les évolutions sociales.

Culture maker : La culture maker fait partie de la culture Do it yourself (DIY) (« faites-le vous-même », en français) qui propose un apprentissage par la pratique, informel, communautaire, collaboratif et partagé, motivé par l'amusement et l'accomplissement personnel.

Open innovation/innovation ouverte : L’Innovation ouverte ou Open Innovation regroupe des pratiques d'innovation ou de recherche fondées sur le partage et la collaboration entre parties prenantes. Cette approche est compatible avec une économie de marché et favorise le partage libre des savoirs et savoir-faire.

Références :

Youenn Loheac, Hayyan Alia, C ́ecile Bazart, Mohamed Ali Bchir, Serge Blondel, et al.. « Mise en place d’une expérience avec le grand public : entre recherche, vulgarisation et pédagogie ». 2016. <halshs-01321452>

 

Image : “From one minute to another”: installation art-science de Sabai Anouk Ramehwan-Levi à la Nuit Européenne des Chercheurs 2015. Crédit: ESPGG

 

2 Commentaires

psl_publi
@Yancy Thank you for letting us know, we will take a look !
Yancy
Hi there just wanted to give you a quick heads up and let you know a few of the images ar18n#&2e7;t loading properly. I’m not sure why but I think its a linking issue. I’ve tried it in two different browsers and both show the same outcome.
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